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Histoire du calendrier de Numa

Le calendrier de Numa était suffisamment imprécis et problématique pour susciter nombre de réformes (ou tentatives de réformes).

Mommsen (Histoire romaine I, page 350) décrit de façon très critique la rectification du calendrier par les décemvirs en 450, malheureusement son explication est plutôt obscure et aucune référence ne l'accompagne.

Selon G. Walter, les décemvirs adoptent alors un calendrier stable, ne tenant plus compte des Nundinae. Mais l'impopularité de cette réforme (ou celle de ses auteurs?) provoquent un retour à l'état antérieur.

Longtemps, la fixation et le contrôle du calendrier reste une prérogative patricienne. A l'origine, il était révélé deux fois par mois le jour des Calendes (d'où le nom) et des Ides par le roi (puis, sous la République par le Rex sacrorum) qui fixait les jours fastes, néfastes, comitiaux...
Selon Tite-Live (9, 46), ce n'est qu'en 304 avant J.-C. et grâce à l'obstination de l'édile curule d'origine plébéienne, Gnaeus Flavius, que le calendrier (annuel? mensuel?) soit enfin publié sur des panneaux passés à la craie autour du Forum, "afin qu'on sache quel jour étaient permises les actions légales". Mais sa tentative de fixer les jours intercalaires essuie un échec.

En 194, la lex Acilia charge les pontifes de remédier au désordre. Les pontifes redeviennent maîtres du calendrier. Ils fixent les dies fasti, les dies comitiales, dies atri. Mais, toujours selon Walter, c'est surtout à la campagne que leur intervention est la plus importante. Ils contôlent toutes les manifestations essentielles de l'activité rurale : labourage, vendanges, moisson, qui doivent obligatoirement être inaugurées par une cérémonie religieuse. Par ailleurs, les pontifes ne font rien pour réduire l'écart croissant entre l'année du calendrier et l'année naturelle.

"Les Romains ne sont plus les barbares des premiers siècles : désormais ils apportent une attention suivie aux questions relatives à la mesure des temps. La première horloge solaire est placée au Forum en 263, introduisant avec elle l'usage de l'heure grecque (hora) : seulement il convient de noter que le cadran a été fait pour le méridien de Catane, située à 4 degrés plus au sud que Rome. Il n'en devient pas moins le régulateur officiel durant tout un siècle.
A la fin de notre période, se rencontrent dans les hautes classes quelques hommes ayant le goût des sciences mathématiques. Manius Acilius Glabrio, essaie de remédier aux erreurs du calendrier par une loi donnant pouvoir au collège des pontifes d'ajouter ou de retrancher à volonté les mois intercalaires. Le remède ne corrigea rien : il fut même pire que le mal. Mais la cause du mal tenait moins à l'impéritie des théologiens romains qu'à leur mauvaise foi. Deux ans après, un personnage versé dans les sciences de la Grèce, Marcus Fulvius Nobilior (consul en 189 avant J.-C.) s'efforça de rendre vulgaire ce calendrier tel quel. Gaius Sulpicius Gallus (consul en 166) qui avait su prédire l'éclipse de lune de 168, et calculer la distance de la terre à cette planète, auteur d'écrits astronomiques, à ce qu'il semble, passa aux yeux de ses contemporains pour un prodige d'étude et de pénétration scientifique.
"

Mommsen : Histoire romaine I, page 694

En -153 (entrée en fonction des consuls T. Annius Luscus et Q. Fulvius Nobilior), nouvelle réforme : le début de l'année est définitivement fixé aux calendes de janvier et non plus en mars.
Pourtant, à en croire Plutarque, ce déplacement du début de l'année aurait déjà eu lieu dès Numa:

"Il remua aussi l'ordre des mois : car le mois de mars qui auparavant était le premier, il le mit troisième, et fit janvier le premier, qui sous Romulus était l'onzième; et février le douzième et dernier. Toutefois plusieurs ont opinion que Numa y rajouta ces deux, janvier et février, parce que les Romains au commencement n'avaient que dix mois en l'an."

Plutarque : Vie des hommes illustres, Numa Pompilius XXXI

Il faut ici citer une très intéressante note d'Annette Flobert dans sa traduction de l'Histoire romaine de Tite-Live montrant l'existence d'un calendrier civil (politique) à côté du calendrier religieux et qui pose la question de leur concordance.

"L'année civile commençait en septembre (ides ou calendes) jusqu'en 479, elle fut ensuite avancée d'un mois (ides ou calendes d'août). Fixée aux ides de décembre de 449 à 401, elle évoluera entre mars et octobre jusqu'en 153 (1er janvier). La rentrée [politique] du 15 mai [450 : entrée en fonction du 2e décemvirat] semble avoir été exceptionnelle, c'est pourquoi Tite-Live souligne le fait."

Annette Flobert, note 342 page 316 in Tite-Live, Histoire romaine I

Pendant les interminables guerres civiles du 1er siècle avant notre ère, le calendrier romain se dérègle encore en raison de la négligence des Pontifes et parce qu'il permet de prolonger ou raccourcir arbitrairement la durée des mandats au gré des besoins et des amitiés ou inimitiés politiques.
Jules César lui-même, Pontifex Maximus depuis -52, n'avait décrété qu'un seule fois un mois intercalaire. Pourtant, c'est lui qui instaurera le nouveau calendrier qui porte son nom.